Un opérateur d'importance vitale (OIV) est désigné par l'État en raison du caractère indispensable de son activité. Ses systèmes d'information les plus sensibles sont qualifiés de systèmes d'information d'importance vitale (SIIV), et relèvent d'un régime de sécurité renforcé issu de la loi de programmation militaire.
Si vous assurez la surveillance humaine d'un site OIV, vous n'êtes pas OIV vous-même. Mais vous intervenez dans le périmètre physique qui protège ces systèmes, et c'est à ce titre que vos rondes deviennent un sujet pour le RSSI de votre client.
Pourquoi la sécurité physique entre dans le périmètre
Un SIIV n'est pas seulement un réseau. C'est aussi la salle qui l'héberge, l'armoire qui le contient, le local technique qui l'alimente et la porte qui y donne accès. La protection logique ne vaut rien si un tiers peut entrer physiquement dans le local.
Concrètement, cela veut dire que l'accès physique aux emplacements des SIIV doit être maîtrisé et journalisé. Vos rondes produisent une partie de ce journal : elles attestent qui est passé, quand, et dans quel état se trouvaient les accès.
C'est la raison pour laquelle un donneur d'ordre OIV pose des questions sur votre logiciel de rondes que d'autres clients ne posent jamais.
Les trois exigences qui remontent dans les cahiers des charges
Traçabilité horodatée et non répudiable. Le passage doit être attribuable à un agent identifié, avec un horodatage qui reste fiable. Le point de vigilance est le même partout : si votre outil horodate à la synchronisation, les rondes effectuées dans un local sans réseau — et les locaux techniques n'en ont jamais — seront datées de la fin de vacation. Le journal devient alors faux, ce qui est pire qu'un journal absent.
Cloisonnement de l'information. Le donneur d'ordre voit ses propres données, et rien d'autre. Un prestataire multi-sites qui expose par défaut l'ensemble de ses parcours dans une même interface a un problème d'étanchéité, indépendamment de la qualité technique de l'outil.
Maîtrise de l'hébergement. La question posée est la localisation des données et l'identité juridique de l'hébergeur. Elle arrive systématiquement, et elle arrive tôt.
Le point que les prestataires découvrent trop tard
Les locaux qui abritent des SIIV sont précisément ceux où le réseau mobile ne passe pas : sous-sols, salles serveurs blindées, postes de livraison électrique, locaux TGBT.
L'outil de rondes doit donc fonctionner intégralement hors connexion, et pas seulement mettre en cache l'écran. Trois questions à poser avant de retenir une solution :
- Que conserve-t-on hors connexion : les scans seuls, ou aussi les photos et les fiches d'anomalie ?
- Y a-t-il une limite au nombre d'événements en file d'attente, et que se passe-t-il au-delà ?
- Si l'application est fermée de force ou le téléphone redémarré, la file survit-elle ?
Une solution qui ne répond pas clairement à ces trois points ne convient pas à un site critique, quelles que soient ses autres qualités.
Articulation avec NIS 2
Les deux régimes coexistent et ne se recouvrent pas exactement. Le dispositif OIV/SIIV issu de la LPM vise un ensemble restreint d'opérateurs désignés individuellement par l'État. NIS 2 s'applique à un périmètre beaucoup plus large d'entités, déterminé par secteur et par taille.
Un même client peut relever des deux. Pour vous, prestataire, l'effet pratique converge : les deux régimes font descendre des exigences de sécurité vers la chaîne de sous-traitance, et les deux se traduisent par des clauses de traçabilité dans le contrat de prestation.
La différence utile est le niveau d'exigence. Un site OIV pose des questions sur l'habilitation des intervenants et le cloisonnement que n'importe quel client NIS 2 ne posera pas.
Ce qu'il faut préparer avant l'appel d'offres
Quatre éléments, réunis une fois, servent ensuite pour tous les dossiers du même type :
- Un export type, anonymisé, montrant à quoi ressemble un journal de rondes sur trente jours.
- La documentation du mode hors connexion, avec la réponse écrite aux trois questions ci-dessus.
- La localisation d'hébergement et le statut de l'hébergeur.
- La politique de conservation et de purge des enregistrements, alignée sur la durée demandée par le client et pas sur la valeur par défaut de l'outil.
Répondre à ces quatre points en une journée plutôt qu'en trois semaines fait une différence réelle sur les dossiers courts.
Ce que nous proposons
L'horodatage est celui de l'événement sur le terminal, jamais celui de la synchronisation, et cette distinction est conservée dans l'export. Le mode hors connexion couvre les scans, les photos et les fiches d'anomalie pendant une vacation complète, avec reprise à la reconnexion. Le cloisonnement par donneur d'ordre est natif : chaque client n'accède qu'à ses propres sites. Les corrections sont journalisées comme de nouveaux événements référençant l'original.
Pour aller plus loin
- /conformite/lpm-oiv — le cadre LPM et les exigences OIV / SIIV en détail.
- /conformite/nis2 — transposition française de NIS 2 et chaîne de sous-traitance.
- /blog/main-courante-electronique-format-legal — format et conservation de la main courante électronique.
- ANSSI — opérateurs d'importance vitale — présentation officielle du dispositif.